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CROISADES, subst. fém. plur. On
a donné ce nom aux
expéditions que les chrétiens ont entreprises contre
les infidèles, pour la conquête de la Terre-Sainte, parce
que ceux qui s'y engageaient, portaient une croix sur leur habit, et
dans leurs étendards.
Les fréquents pélérinages que les chrétiens
firent à la Terre-Sainte, après qu'on eut retrouvé la
croix sur laquelle le fils de l'homme était
mort, donnèrent lieu à ces guerres sanglantes. Les pèlerins,
témoins de la dure servitude sous laquelle gémissaient
leurs frères d'Orient, ne manquaient pas d'en faire, à leur
retour, de tristes peintures, et de reprocher aux peuples d'Occident
la lâcheté avec laquelle ils laissaient les lieux
arrosés du sang de Jésus-Christ, en puissance des ennemis
de son culte et de son nom.
On traita longtemps les réclamations de ces bonne gens, avec
l'indifférence qu'elles méritaient ;
et l'on était bien éloigné de croire qu'il
viendrait jamais des temps de ténèbres assez profondes,
et d'un étourdissement assez grand dans les peuples et
dans les souverains sur leurs vrais intérêts, pour
entraîner une partie du monde dans une malheureuse petite contrée,
afin d'en égorger les habitants, et de s'emparer
d'une pointe de rocher qui ne valait pas une goutte de sang,
qu'ils pouvaient révérer en esprit de loin comme
de près, et dont la possession était si étrangère à l'honneur
de la religion.
La première Croisade eut lieu
en 1096 ; elle se fit pour ainsi dire, pour venger les avanies
qu'un
hermite picard, nommé Pierre,
avait essuyées en Asie, et dont il rapportait en Europe le ressentiment
le plus vif. Cette Croisade fut très
heureuse pour les armes des chrétiens, qui étaient sous
les ordres de Godefroi de Bouillon, lequel s'empara de Jérusalem ;
mais elle ne le fut pas autant pour les autres corps d'armée,
qui la plupart furent détruits avant d'arriver au rendez-vous,
qui était à Constantinople.
La seconde Croisade se fit en 1148,
sous le roi Louis VII, et ne fut que funeste aux chrétiens,
qui y périrent prèsque
tous.
La troisième Croisade eut lieu
en 1788, sous Philippe Auguste ; la quatrième fut entreprise
en 1195, après la mort
de Saladin ; la cinquième eut lieu en 1199 ; la sixième
en 1217 ; la septième en 1248, par les Français,
sous le roi saint Louis ; et la huitième et dernière
en 1270, sous le même roi.
Ces diverses Croisades, où ne
sont point comprises celles qui se firent contre les Français
hérétiques
de l'Albigeois et contre les huguenots des nations du nord,
coutèrent à l'Europe environ deux millions
de ses habitants, et plus de deux cents millions en espèces.
Les Croisades, selon M. l'abbé Fleury,
servaient de prétexte aux gens obérés pour ne
point payer leurs dettes ; aux malfaiteurs pour éviter
la punition de leurs crimes ; aux ecclésiastiques indisciplinés
pour secouer le joug de leur état ; aux moines indociles pour
quitter leurs cloîtres ; aux femmes perdues pour continuer plus
librement leurs désordres. Qu'on estime par là quelle
devait être
la multitude des croisés !
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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